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22.04.15 - TPIR/BUTARE - A LA FIN DE SON PROCÈS, PAULINE NYIRAMASUHUKO PROTESTE DE SON INNOCENCE

Arusha, 22 avril 2015 (FH) - L'ex-ministre rwandaise de la Famille et de la promotion féminine, Pauline Nyiramasuhuko, seule femme détenue par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), a demandé mercredi à ses juges d'appel de l'acquitter, jurant qu'elle ne pouvait « commettre les crimes abominables » pour lesquels elle a été condamnée en première instance.

« Dans ma vie, depuis mon jeune âge, j'ai toujours milité pour le développement des autres femmes. Je vous le jure, je ne suis pas du genre à commettre ces crimes abominables pour lesquels j'ai été condamnée » (en première instance), a-t-elle déclaré en sanglots, à la clôture de son procès en appel.
Pauline Nyiramasuhuko, 69 ans, a été condamnée à la perpétuité le 24 juin 2011 après avoir été reconnue coupable d'entente en vue de commettre le génocide, génocide, extermination,  incitation aux viols, persécution, violence à la vie, autres actes inhumains et outrage à la dignité de la personne humaine.
Cinq autres personnes ont été condamnées dans la même affaire, parmi lesquelles son fils Arsène Shalom Ntabobali reconnu coupable, entre autres, d'avoir commis des viols sur ordre de sa mère.
« Je suis une mère comme les autres (…) J'ai été peinée de constater que des femmes figuraient parmi les personnes à l'origine de mon emprisonnement avec mon fils. Mais je leur pardonne », a poursuivi l'ancienne qui s'exprimait en langue rwandaise.
« Je vous demande de me rétablir dans mes droits (…) Peut-être ai-je été poursuivie parce que j'étais ministre, parce que j'étais membre du parti du président (Juvénal Habyarimana) qui venait d'être tué », a-t-elle indiqué.
Selon elle, « il fallait à tout prix prouver qu'une femme, qu'une mère avait été impliquée dans l'innommable ».
S'inclinant devant toutes les victimes de « la tragédie » rwandaise, elle a reproché au Tribunal de n'avoir poursuivi que les responsables de l'ancien régime hutu, sans enquêter sur les crimes qui auraient été commis, à la même époque, par les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR) aujourd'hui au pouvoir.
« Une partie des Rwandais est diabolisée tandis qu'une autre partie est victimisée. Je ne crois pas que cela puisse résoudre les problèmes de mon pays », a-t-elle dit.
Pour terminer, elle a adressé une pensée particulière à sa vieille mère. « Je veux espérer que mon acquittement et celui de mon fils auront lieu du vivant de ma mère, qui n'attend aujourd'hui que ça, entre la vie et la mort ».
Moins ébranlé que sa mère, Arsène Shalom Ntahobali a lui aussi demandé l'acquittement.
« Je ne suis pas ce tueur-violeur qu'on vous a décrit. Je ne suis pas cette horrible personne que les témoins de l'accusation ont décrite ici. Ce n'est pas parce que les crimes sont graves que je suis coupable », a-t-il déclaré.
Les quatre autres personnes jugées dans la même affaire –deux anciens maires et deux anciens préfets- se sont également relayées à la barre pour demander à la chambre d'appel de les remettre en liberté.
Les six avaient été reconnus coupables de différents crimes commis en 1994 dans la préfecture de Butare, dans le sud du Rwanda.
Après avoir entendu ces déclarations personnelles, les juges se sont retirés pour délibérer et leur arrêt, qui marquera la fin des travaux du TPIR, « sera prononcé le moment venu », selon le président de la chambre, Fausto Pocar.
Ouvert sur le fond en juin 2001, ce procès est jusqu'à présent le plus long et sans doute aussi le plus coûteux de la justice pénale internationale. Alors que le TPIR devait terminer ses procès l'année dernière, le Conseil de sécurité a dû prolonger en décembre dernier le mandat des juges saisis de l'affaire. Selon les prévisions du Tribunal, le jugement d'appel pourrait tomber au mois d'août.
ER